18 septembre 2026

Fatima Al Qadiri détourne les codes du club du Golfe avec « 7ilween »

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La productrice et compositrice koweïtienne Fatima Al Qadiri annonce son retour avec 3TWI / عتوي, un nouvel EP attendu le 9 octobre 2026 sur le label Hyperdub. Elle en dévoile un premier extrait, « 7ilween », enregistré avec Bobo Secret et Lama3an et accompagné d’un clip réalisé par l’artiste qataro-américaine Sophia Al-Maria.

Le titre est apparu le 15 septembre, quelques semaines avant la sortie de l’EP. La page officielle de 3TWI sur Bandcamp en présente la liste des morceaux, les collaborateurs et les crédits de production. L’annonce a également été relayée par Pitchfork.

Un personnage emprunté à l’argot féminin koweïtien

Le mot « 3TWI », écrit عتوي en arabe, appartient à un registre d’argot féminin koweïtien. Il sert à désigner un homme âgé au comportement déplacé ou insistant. Sa traduction littérale renvoie à l’image d’un « chat de ruelle mâle ».

Fatima Al Qadiri place ce personnage au centre des quatre titres de l’EP. Elle ne cherche pas à lui offrir un portrait réaliste ou psychologique complet : il devient plutôt une figure observée à distance, à la fois inquiétante, ridicule et pitoyable.

Le titre « 7ilween » peut quant à lui se comprendre comme « les jolies » ou « les belles personnes ». Selon la présentation officielle, le texte met en scène une rencontre équivoque entre ce personnage et de jeunes interlocuteurs susceptibles de l’intéresser.

Ces significations et l’intention générale du projet sont exposées par l’artiste et son label. L’idée que le morceau inverse progressivement le rapport entre celui qui regarde et les personnes regardées relève en revanche de l’interprétation éditoriale.

Le folklore du Golfe déplacé vers un club imaginaire

« 7ilween » ne reproduit pas simplement une musique populaire du Golfe. Fatima Al Qadiri en prélève des rythmes, des inflexions vocales et une énergie collective avant de les reconstruire dans un espace électronique plus sombre.

Les voix de Bobo Secret et Lama3an évoluent entre parole, interpellation et performance théâtrale. Elles donnent au morceau l’impression d’une conversation dont l’auditeur ne possède pas toutes les clés.

La production avance par couches successives. Les percussions installent une impulsion proche de la danse, tandis que les textures synthétiques produisent un environnement beaucoup moins accueillant. Certaines sonorités semblent volontairement exagérées, comme si le morceau mettait en scène ses personnages autant qu’il les faisait danser.

La production musicale est signée Fatima Al Qadiri, avec un mixage de Chris Tabron et un mastering réalisé par Beau Thomas chez Ten Eight Seven Mastering. Ces crédits figurent sur la publication officielle.

La danse, le genre et le regard

Depuis plusieurs années, Fatima Al Qadiri utilise la musique électronique pour explorer les représentations culturelles, le genre, le pouvoir et les identités. 3TWI prolonge cette démarche dans un registre à la fois plus ludique et plus directement lié à la danse.

L’artiste présente le disque comme une célébration de la diversité ethnique de l’Asie occidentale et de traditions musicales qui circulent au-delà des frontières contemporaines. Le projet adopte également une perspective queer assumée.

Les textes alternent paroles suggestives et refrains exprimant le désir. Une partie de leur matière aurait été largement improvisée par les interprètes. Cette liberté vocale permet aux personnages de conserver une certaine ambiguïté : ils peuvent séduire, se moquer ou reprendre le contrôle de la scène au cours d’une même séquence.

Un EP traversé par plusieurs langues

3TWI comportera quatre morceaux : « 7ilween » avec Bobo Secret et Lama3an, « zan kardeh ya nah » avec Gumar, « zilim » avec Bobo Secret et Lama3an, puis « ta3alay » avec Gumar.

La majorité du disque est interprétée en arabe koweïtien. « ta3alay » utilise l’arabe classique, tandis que « zan kardeh ya nah » est chanté en 3eemi, un dialecte régional du persan lié aux héritages iraniens de Gumar et de Fatima Al Qadiri.

Cette diversité linguistique correspond à l’idée générale de l’EP : faire entendre des identités qui se croisent et des traditions qui ne s’arrêtent pas aux frontières nationales.

Sophia Al-Maria prolonge la mise en scène

Le clip de « 7ilween » est réalisé par Sophia Al-Maria, artiste avec laquelle Fatima Al Qadiri entretient depuis longtemps un dialogue créatif autour des images du Golfe, de la culture populaire et de la fiction.

La vidéo ne se contente pas d’illustrer littéralement les paroles. Elle installe une atmosphère stylisée dans laquelle les attitudes, les regards et les gestes deviennent aussi importants que les personnages eux-mêmes.

La caméra place l’auditeur dans une position inconfortable : il observe la scène, mais peut également avoir le sentiment d’être observé par ses protagonistes. Cette lecture visuelle reste une interprétation ; la réalisation et les crédits du tournage sont consultables sous la vidéo officielle.

Une nouvelle étape après Gumar

3TWI succède, dans la discographie personnelle de Fatima Al Qadiri, à l’EP Gumar, publié en 2023, et à l’album Medieval Femme de 2021. Gumar, déjà présent sur l’EP de 2023, participe à deux des quatre nouvelles compositions.

La pochette poursuit également une collaboration existante. Elle utilise des peintures originales de Khalid Al Gharaballi, accompagnées d’une calligraphie créée pour le titre de l’EP.

Avec « 7ilween », Fatima Al Qadiri ouvre ainsi un projet où la piste de danse devient un espace de représentation. Les rythmes régionaux, l’argot koweïtien et la performance queer ne sont pas traités comme des éléments séparés : ils participent à la construction d’un même théâtre sonore.

Clip officiel

Photo : Fatima Al Qadiri, 2026. Source promotionnelle officielle.

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