Avec son trio et l’album Sultan, le pianiste Andrew Milad rapproche improvisation jazz, synthétiseurs et rythmes populaires égyptiens. Une recherche musicale qui trouve son expression la plus directe dans « Mahrajazz ».
Le pianiste et compositeur égyptien Andrew Milad développe depuis Le Caire un langage situé entre jazz contemporain, formation classique et musiques populaires urbaines. Son travail ne consiste pas à ajouter ponctuellement une couleur orientale à une composition occidentale : il cherche à faire dialoguer l’improvisation avec l’énergie rythmique du chaâbi et des mahraganat.
Cette démarche a été présentée dans un portrait vidéo publié par SceneNoise. Le musicien y revient sur son apprentissage, la formation de son trio, son premier album Sultan et la création de « Mahrajazz ».
Du piano classique à la recherche d’une voix locale
Andrew Milad commence le piano à huit ans auprès de Marcelle Matta. Son premier parcours est lié au répertoire classique et à l’apprentissage académique de l’instrument. En 2021, il figure parmi les lauréats du Concours international de piano Chopin pour les enfants et les jeunes en Égypte.
À l’adolescence, il se rapproche du jazz et étudie notamment avec le pianiste Rashad Fahim. Il découvre alors une autre manière d’aborder l’harmonie, le rythme et la composition : le musicien peut intervenir dans la forme, dialoguer avec les autres instrumentistes et réinventer une partie de la matière à chaque interprétation.
Son parcours, documenté notamment par Ahram Online, aide à comprendre la double identité de son travail : une technique classique associée au désir de construire une musique reliée au Caire contemporain.
Un trio fondé sur l’échange
Andrew Milad crée son trio en 2022 avec le bassiste Youssef Hady et le batteur David Maged. La formation piano ou claviers, basse et batterie laisse beaucoup d’espace à l’interaction.
La basse et la batterie ne servent pas uniquement d’accompagnement. Elles participent aux changements de dynamique, aux ruptures rythmiques et à l’évolution des compositions. Andrew Milad compose et réalise les arrangements, tandis que ses partenaires contribuent à la forme définitive des morceaux.
Sultan, un premier territoire musical
Le premier album du trio, Sultan, rassemble six compositions originales. Le disque réunit plusieurs atmosphères et plusieurs influences sans se transformer en récit fermé.
Le répertoire comprend notamment « Mahrajazz », « Diversion », « 4D », « Hi Michel » et « Night in Warsaw ». Les compositions passent d’une écriture harmonique élaborée à des séquences beaucoup plus directement rythmiques. Les solos prolongent les motifs du trio et peuvent modifier l’équilibre du morceau pendant l’interprétation.
« Mahrajazz », une rencontre sans folklore artificiel
Le titre « Mahrajazz » rapproche les mahraganat, musique électronique populaire des rues et des fêtes égyptiennes, et le jazz. Le morceau ne superpose pourtant pas mécaniquement deux genres.
Andrew Milad s’intéresse à la manière dont les claviéristes du chaâbi utilisent leurs instruments : sonorités synthétiques, phrases rapides, répétitions, ornements et changements soudains d’intensité. Il transpose certains de ces gestes dans un contexte où l’improvisation jazz conserve une place centrale.
Le synthétiseur ne tente pas d’imiter un oud ou un qanun. Il assume son identité électronique et fait entendre une Égypte urbaine dont la mémoire musicale passe également par les mariages, les fêtes et les systèmes de sonorisation populaires.
Les synthétiseurs comme instruments égyptiens contemporains
Andrew Milad considère les claviers électroniques comme une partie intégrante de nombreuses pratiques musicales égyptiennes. L’identité locale ne dépend plus uniquement de l’ancienneté d’un instrument, mais de la manière dont il est réellement utilisé et entendu.
Cette démarche déplace la notion d’authenticité. Les références égyptiennes ne sont pas déposées sur le jazz après la composition : elles influencent directement le rythme, le phrasé et la manière d’improviser.
Une génération qui refuse les frontières trop simples
Les membres du trio ont grandi dans un environnement où jazz, hip-hop, funk, chaâbi et mahraganat circulent simultanément. Leur musique peut donc employer une harmonie complexe, une pulsation populaire et une texture électronique à l’intérieur d’un même morceau.
Décrire cette rencontre comme une remise en question des hiérarchies entre musique académique et musique populaire constitue notre interprétation. L’intérêt de Milad pour les pratiques des claviéristes populaires est, lui, clairement présenté dans ses entretiens.
Avec Andrew Milad, la modernité du jazz égyptien ne consiste pas à effacer les sons de la rue pour les rendre plus respectables. Elle repose au contraire sur leur capacité à rejoindre le piano, la basse et la batterie sans perdre leur énergie propre.
Vidéo
Photo proposée : Andrew Milad Trio. Source : SceneNoise / Artist Spotlight.

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