Douze rappeurs, plusieurs villes et une même volonté de transmission : « Syrian Cypher 2 (963) » rassemble les pionniers et la nouvelle génération du hip-hop syrien sur une production mêlant boom-bap, oud et qanun.
Le rap syrien se rassemble autour d’un projet collectif particulièrement ambitieux. Publié le 4 septembre 2026, « Syrian Cypher 2 (963) / السايفر السوري ٢ » réunit douze artistes issus de plusieurs générations et de différentes régions du pays.
À l’initiative du rappeur et producteur Assasi, avec le Bilad El-Sham Collective, le morceau fait entendre successivement Sheky, Deep, Jubran, Merry, Patriot, Wylway, Syad Jad, Doola, B.Show, AlPazo, Nurulez et Assasi. Il est disponible sur les principales plateformes, dont Spotify, et accompagné d’une vidéo officielle.
Le numéro 963 comme signe de rassemblement
Le nombre 963 correspond à l’indicatif téléphonique international de la Syrie. Son utilisation dans le titre permet d’identifier immédiatement le territoire représenté par le cypher.
Dans la culture hip-hop, un cypher repose sur la succession de plusieurs rappeurs autour d’une même production. Chaque participant dispose d’un espace pour affirmer son écriture, son débit et sa personnalité, tout en contribuant à une œuvre collective.
« Syrian Cypher 2 » applique pleinement ce principe. Le morceau ne cherche pas à uniformiser les douze interprètes : les flows, les timbres et les manières d’aborder le rythme restent volontairement différents.
Une suite plus vaste au projet de 2022
Cette deuxième édition prolonge un premier « Syrian Cypher » publié en novembre 2022 et produit par Big Hass et Rayan Bailouni.
Quatre ans plus tard, Assasi et le Bilad El-Sham Collective élargissent considérablement le dispositif. Cette nouvelle version réunit des artistes associés aux débuts de la scène indépendante levantine et des rappeurs apparus plus récemment dans l’environnement numérique.
Selon la présentation publiée par SceneNoise le 6 septembre 2026, Assasi, Nurulez et Syad Jad représentent notamment les fondations de cette scène, tandis que Sheky, Jubran ou AlPazo incarnent une génération plus récente.
Ce classement reste nécessairement simplifié. Son intérêt est surtout de montrer que le projet ne se limite pas à réunir des artistes déjà établis : il organise une véritable transmission.
Boom-bap, oud et qanun
Assasi assure la production principale du morceau, avec Jubran à la coproduction. L’instrumental repose sur une base boom-bap : batterie nette, basse lourde et rythme suffisamment stable pour accueillir une longue succession de couplets.
Cette architecture classique du hip-hop est enrichie par des instruments associés aux traditions musicales du Levant, notamment le oud et le qanun.
Le morceau ne les utilise pas comme de simples décorations destinées à lui donner une couleur « orientale ». Leurs interventions mélodiques dialoguent avec la batterie et relient les différentes parties de la production.
Cette dernière appréciation relève de l’analyse musicale. Les crédits de production et la présence de ces instruments sont, quant à eux, documentés par SceneNoise.
Douze rappeurs, douze manières d’occuper le rythme
Le format expose les différences entre les artistes. Certains privilégient un débit rapide et très découpé ; d’autres installent une diction plus lente, plus lourde ou plus mélodique.
Chaque passage doit être suffisamment personnel pour être reconnu, mais assez concis pour laisser la place au suivant. Cette contrainte donne au morceau une énergie particulière : le changement de voix renouvelle constamment l’écoute sans nécessiter une transformation complète de l’instrumental.
Assasi et Jubran utilisent néanmoins plusieurs variations dans la production afin d’accompagner les transitions. La batterie, la basse et les instruments levantins ne conservent pas exactement la même intensité pendant toute la vidéo.
Le résultat ressemble moins à une compilation de couplets indépendants qu’à une longue performance organisée autour d’un mouvement commun.
Des paysages syriens au cœur de la vidéo
La vidéo officielle ne place pas tous les participants dans un studio unique. Elle alterne des séquences enregistrées dans différentes parties de la Syrie : rues de quartier, littoral et espaces urbains historiques.
Cette construction donne à chaque intervention un décor particulier et évite de réduire le pays à une seule ville ou à une seule image. Les artistes représentent notamment plusieurs territoires liés à Damas, Alep, Salamiyah, Soueïda, Tartous et Lattaquié.
Le tournage en extérieur apporte également une dimension documentaire. Derrière les performances apparaissent des lieux de vie, des bâtiments et des horizons qui inscrivent les rappeurs dans un environnement concret.
Parler d’un « portrait complet de la Syrie » serait cependant excessif. La vidéo propose une sélection de lieux et de regards artistiques, pas une représentation exhaustive de la société syrienne.
Entre déplacement, endurance et indépendance
Plusieurs thèmes traversent les douze couplets : l’éloignement, le déplacement, le temps passé loin de certains lieux, mais aussi la nécessité de continuer à créer malgré les difficultés économiques et politiques.
Les artistes défendent également leur indépendance face aux tendances artificielles de l’industrie musicale. Le morceau valorise la durée, le travail collectif et la maîtrise de l’écriture plutôt que la recherche d’une formule immédiatement virale.
Ces préoccupations communes ne signifient pas que les douze rappeurs portent exactement le même discours. Le cypher laisse au contraire apparaître des expériences et des positions personnelles.
L’idée d’une continuité culturelle entre les générations constitue une lecture éditoriale du projet. Elle est néanmoins soutenue par sa distribution : des figures expérimentées partagent volontairement la même production avec des artistes plus jeunes.
Une archive vivante du hip-hop syrien
« Syrian Cypher 2 » peut être écouté comme une démonstration de rap collectif, mais il possède aussi une valeur d’archive. Il rassemble à un moment précis douze artistes, leurs styles et plusieurs lieux associés à la scène syrienne.
Le projet rappelle surtout qu’une scène musicale ne repose pas uniquement sur quelques carrières individuelles. Elle se construit également grâce aux rencontres, aux collaborations et aux espaces permettant à une génération de présenter la suivante.
Avec ses percussions boom-bap, ses instruments levantins et sa succession de voix très différentes, « Syrian Cypher 2 (963) » ne cherche pas à proposer une définition unique du rap syrien. Il montre au contraire sa diversité et sa capacité à conserver une mémoire commune tout en continuant d’évoluer.
Découvrez « Syrian Cypher 2 (963) »
Source vidéo : chaîne YouTube officielle d’Assasi.

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