21 septembre 2026

Avec « Half Moon Eyes », Intibint fait dialoguer mémoire yéménite et électronique

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La chanteuse, autrice et productrice yéménite et britannique Intibint a publié son premier album, Half Moon Eyes, le 18 septembre 2026. Dix morceaux y relient des souvenirs personnels, des prises de son réalisées au fil de ses déplacements et différentes formes de musique électronique.

Conçu pendant quatre ans entre le Yémen, le Maroc, l’Égypte, la Slovaquie, l’Angleterre et l’Écosse, le disque rassemble des notes vocales, des bruits de trains, des enregistrements de terrain et des références à la musique populaire yéménite. Intibint en signe l’écriture, la production, les arrangements, l’enregistrement et le mixage.

La date de parution, les crédits et la liste des dix titres figurent sur la page officielle de Half Moon Eyes. L’album a également été présenté le 19 septembre par SceneNoise.

Des fenêtres ouvertes sur plusieurs mondes

Le titre Half Moon Eyes possède une double origine. Il renvoie d’abord aux yeux, qu’Intibint envisage comme des ouvertures vers les personnes, les lieux et les expériences qui nous entourent. Il évoque aussi les fenêtres en demi-lune caractéristiques de l’architecture yéménite.

Les yeux du titre peuvent être compris comme une manière d’observer simultanément plusieurs réalités : le pays d’origine et le lieu où l’on vit, la sphère familiale et l’autonomie personnelle, l’intime et le collectif. Cette formulation relève de l’interprétation éditoriale ; la référence aux yeux et aux fenêtres yéménites est expliquée dans la présentation officielle de l’album.

« Hayati », reprendre possession de son identité

Le disque s’ouvre avec « Hayati », coproduit par le musicien écossais et égyptien Omar Aborida. Le morceau commence autour d’un piano dépouillé avant d’élargir son arrangement vers un mélange de folk-rock, de psychédélisme et d’électronique.

En arabe, l’expression « inti bint » signifie littéralement « tu es une fille ». Dans une interview publiée par Bustle, l’artiste expliquait avoir souvent entendu cette formule pour rappeler à une femme ce qui lui serait permis ou interdit en raison de son genre. Son pseudonyme détourne donc une expression restrictive pour en faire une affirmation artistique.

« Hayati » organise cette opposition en deux mouvements : le poids des attentes extérieures, puis l’autonomie, l’amour de soi et la foi. Le morceau cherche une place dans laquelle l’artiste peut habiter son héritage sans renoncer à ses propres décisions.

Transformer la patience en tension musicale

Les compositions « S.A.B.R 1 » et « S.A.B.R 2 » s’appuient sur le mot arabe sabr, qui désigne la patience ou l’endurance. Dans la première partie, nappes renversées et arpèges de synthétiseur installent une tension croissante.

« S.A.B.R 2 » reprend cette atmosphère et la déplace vers une conclusion conduite par la guitare d’Ekin Oykener. Entendre ces deux titres comme le passage de l’endurance silencieuse à la libération constitue une lecture musicale ; leur construction et la participation d’Ekin Oykener sont confirmées par les crédits officiels.

Le patrimoine yéménite comme matière vivante

Sur « Army », Intibint réinterprète une mélodie du chant populaire yéménite « Ya Hzalli ». L’arrangement de synthétiseur a été développé avec Dina Tahamouqa. La référence traditionnelle rejoint des guitares déformées, un piano électrique et un rythme breakbeat.

Cette démarche traverse l’album. Les éléments yéménites ne sont pas traités comme les vestiges immuables d’un passé lointain : ils rejoignent la pop expérimentale, le downtempo, le grime et des textures électroniques plus sombres.

Des archives personnelles au service d’un propos politique

« Disrespectful AF » part d’une confrontation réelle survenue après qu’Intibint eut dénoncé un comportement raciste. La production utilise des notes vocales, des bruits de train et des détonations enregistrées pendant une célébration.

Le disque ne sépare pas proprement les chansons personnelles des morceaux politiques. Les relations, la famille, les déplacements, le racisme et l’identité participent d’un même récit. Les questions collectives apparaissent à travers des voix conservées sur un téléphone, un trajet, une dispute ou un souvenir.

Du déplacement à la famille choisie

Dans la dernière partie, « Dolphin » superpose des parasites radiophoniques, des accords de piano, des sons de train et des fragments vocaux. « Sunflower » adopte une matière plus organique grâce au oud et à la guitare d’Ekin Oykener.

L’album se termine avec « TFUC », acronyme de The Family You Choose. Le morceau est consacré aux liens construits en dehors des structures familiales héritées. Il suggère qu’une autre appartenance reste possible, fondée sur l’affection, la protection et les expériences partagées. Cette conclusion constitue une lecture éditoriale.

Un premier album entièrement maîtrisé

La production de Half Moon Eyes est assurée par Intibint, à l’exception de la coproduction de « Hayati ». Le mastering a été confié à Amr Alive.

L’album passe du folk-rock au grime, de l’ambient à l’EBM, du oud à des basses électroniques profondes. Sa cohérence repose davantage sur la voix, les archives sonores et les répétitions que sur un genre unique.

Avec Half Moon Eyes, Intibint signe un premier album dense, construit à partir de plusieurs territoires sans les réduire à une identité simple. Le Yémen y demeure une mémoire et une source musicale essentielles, tandis que les déplacements contemporains continuent d’en modifier les contours.

Clip officiel

Pochette : Intibint – Half Moon Eyes, 2026. Photographie : Miriam Ali. Illustration et conception : Intibint.

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